« Outre-mer, une mémoire audiovisuelle à partager »

visuel OM

Mesdames et Messieurs,

Monsieur le directeur de l’INA,

Monsieur le Président de la délégation à l’Outre mer,

Merci d’avoir pris l’initiative de cette journée, merci de votre invitation à ouvrir à vos côtés ce colloque, au nom de la commission de la culture

Celle-ci est attentive, vous le savez, à tout ce qui tisse des liens.

Nous pouvons pour cela enjamber les océans, relier les générations, croiser nos diversités, ou simplement nous retrouver un lundi de novembre comme celui-ci, autour d’un beau projet.
La complexité nous enrichit et nous fait grandir.

 

Certains ont des racines, nous avons de la mémoire à partager.

 

  • Nos supports sont les archives de textes et documents . Certaines restent séquestrées, comme des recels de vérités honteuses . Certaines se font oublier, comme les tonnages de chlordécone et les noms des auteurs d’autorisations dérogatoires. Certaines, les plus nombreuses heureusement, sont des mines pour les chercheurs.

 

  • Il y a aussi les récits, aventures tragiques ou épiques, vues de Saint Martin de Ré ou de Cayenne, vu des quais de Dieppe ou de ceux de Saint Pierre et Miquelon ; ou des images qui font rêver comme les vahinées, ou des images qui font frémir, comme les champignons des explosions atomiques.

 

  • Il y a les chiffres adossés aux stratégies économiques, entre canne à sucre dans les Antilles, où vous vivez Monsieur le Président, et betteraves, où je vis dans le nord de l’hexagone. Entre deux, il y eut Napoléon et sa scandaleuse prolongation de l’esclavage. Mais la mémoire de la République est sélective qui n’y voit qu’un grand homme…

 

Et puis il y a les images.

Naturaliste, quand je vois la tête des écureuils dans les dessins de Buffon, j’avoue préférer les photographies. Et je ne commenterai pas les lamentins transformés en séduisantes sirènes, ou les coco fesse, qui ont même hérité dans leur appellation botanique des phantasmes de marins esseulés.

Certes, la photographie n’est pas neutre, mais parfois le cliché devient support de points de vue croisés. Je pense à ce cliché de Marc Garanger, d’un prisonnier algérien enchaîné dans sa cellule : la même photographie avait servi à l’armée française pour montrer qu’elle matait la rébellion, et aux résistants algériens pour mobiliser contre l’inhumanité des bourreaux. Un seul regard d’auteur, plusieurs regards extérieurs.

Je ne doute pas de la richesse du stock d’images de l’outre mer.

Au plus près de l’objectivité de l’auteur, ces images fixes ou animées seront objet commun de récit de plusieurs points de vue.

Au plus près de l’intentionnel et du parti-pris, elles diront l’esprit d’une époque ou d’un clan, et leur témoignage sera tout aussi précieux.

Et sous le regard expert des chercheurs, chacune donnera à voir ce que nous ne regardions pas jusqu’alors, mais que la pellicule a gardé, au hasard d’un cadrage : le sort des femmes, les jeux ou les peines des enfants, les matériaux des logements, le flux des eaux usées…

 

La numérisation est un atout technologique qui répond aux besoins de gestion des volumes, comme aux besoins de partage.

Les plus âgés d’entre nous savent l’émotion des souvenirs retrouvés dans un grand carton de photographies aux bords dentelés. Les plus chanceux connaissent même quelques projections familiales de super huit.

Si nous avons tous goûté au plaisir de l’immédiateté de l’envoi d’une prise de vue, si nous avons tous aujourd’hui des centaines d’images dans nos disques durs, sommes-nous certains que la transmission se fera de générations en générations ? Un vieil ordinateur aux Emmaüs, un disque dur dont personne ne veut dans une succession, un clic maladroit sur « delete », et des millions de pixels porteurs de quelques décennies deviennent d’anonymes « uns » et « zeros » alignés, vidés de leur sens.

C’est dire, devant cette vulnérabilité aux aléas de la gestion du numérique, consubstantielle de cette richesse technologique, l’importance qu’une mission publique veille au moins à la conservation de ce que nous avons en commun

C’est la mission de l’INA.

 

L’INA, tout à sa tâche gigantesque de collecte, de référencement, et de numérisation, s’est abreuvée des sources nationales qui l’entouraient, et a qualifié son intervention.

Aujourd’hui cette institution, initiative de la commission des affaires culturelles du Sénat, affirme une stratégie davantage tournée vers les régions et dans un même élan, je m’en réjouis, se mobilise pour le patrimoine ultra-marin.

Si nous partageons tous la fragilité des supports, les températures et l’humidité propices à la multiplication des champignons rendent urgentes les numérisations des travaux de RFO. L’INA apportera son irremplaçable savoir faire. Ce sont des opérateurs locaux qui se mettront à l’ouvrage.

Il en va de la sauvegarde. Il en va de l’accessibilité. Il en va de nos regards croisés, et donc du tissage de notre communauté de destin, comme du chatoiement de nos cultures et de nos couleurs mélangées.

Je vous souhaite donc d’enrichir ce projet et d’embellir cette journée par vos échanges.

 

 

En vidéo ICI –>

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